Bonsai et yamadori : une passion dévorante

Enfant, j’aimais les arbres, principalement les chênes majestueux de la campagne ou j’habitais et mon intérêt n’est sans doute pas étranger à ma volonté de les apprivoiser. N’ayant aucun ancêtre chinois et n’ayant même aucune conscience de l’existence d’arbres «élevés en pot», l’origine de ma passion pour le bonsaï vient du fait du hasard ; en 1993, l’appel au secours d’une amie pour sauver un bonsaï reçu en cadeau :
«un quoi ?» «Mais tu sais, les arbres japonais en pot» «???», la lecture du livre d’Harry Tomlinson offert à cette occasion éveillera mon intérêt.

J’ai appris les bases de cet art en adhérant au club de Nantes, présidé par Gilles Kervel ou j’ai rencontré de vrais passionnés dans une ambiance de franche camaraderie. A cette époque, il n’existait que peu de lectures techniques et les forums internet n’avaient pas vu le jour, l’évolution se faisait prudemment.

Comme tout débutant, je suis parti dans toutes les directions essayant avec fébrilité de faire pousser tout et rien avec de piètres résultats (les boutures, les plants de pépinière, les marcottes sont d’excellents sujets pour se faire la main). J’ai compris qu’en me limitant à certaines espèces, je maitrisais mieux la culture et celle-ci est primordiale car au-delà de l’aspect esthétique d’un bonsaï, il est indispensable que nous restions des jardiniers.

En 1993, je n’en avais pas encore conscience et la culture en pot ne m’apparaissait pas aussi essentielle qu’aujourd’hui. Je me souviens de mes premiers rempotages, les substrats étaient composés de terre et de terreau, mais très vite poussé par la curiosité, j’y ai incorporé du sable grossier. En devenant novateur dans mon club, j’ai fait connaissance d’une des personnes qui sera à l’origine de nos substrats actuels en France : François Houette. Ses recherches sur le tuf zéolithique a été une «sacrée bonne initiative». On parlait alors de gravier,de pouzzolane, les italiens tentaient la pierre ponce mais la zéolithe est, à mon sens, la plus belle avancée dans ce domaine. Nos attentes pour une culture optimisée sont la rétention, le drainage, et la moindre dégradation, la zéolithe apporte un quatrième intérêt, les échanges cationiques (voir article). Nous ne reviendrons pas arrière, la terre et le terreau c’est le passé.

Depuis que je me suis lancé avec autant de passion dans la céramique bonsaï, le temps me manque ; aussi, j’ai beaucoup restreint ma collection. Je me suis recentré sur quelques essences, et ma sélection s’est faite naturellement. Pour les feuillus, les érables ont ma faveur, les palmatum et les burgers sont des essences rustiques et bien adaptées au bonsaï. Pour les conifères ma préférence va aux pins sylvestres présents dans toute l’Europe, de l’Oural à la Méditerranée. Je dois cette affection particulière à mon ami Didier Lanoë. S’il existe des rencontres enrichissantes, Didier en est une parfaite illustration. Totalement désintéressé par l’aspect mercantile du bonsaï, il m’a amené en 1998 au yamadori*. Quel choc ! A ma première sortie la découverte de ces magnifiques sylvestres de montagne ; jamais je n’aurais imaginé que la nature puisse façonner de telles arbres. Au delà du prélèvement de ces arbres centenaires il s’agit d’une véritable philosophie. Rechercher la perle rare demande du temps, de l’abnégation, une discipline pour une équipée entre copains. Notre code de bonne conduite nous permet 2, 3 arbres par an, jamais plus. Notre but est de trouver « la pièce », celle qui nous fera frissonner une fois reprise et prête à travailler, et elle existe……

J’ai passé quelques années sans autre but que me faire plaisir. Si le travail des arbres au sein d’un club permet la convivialité entre passionnés, je m’aperçois qu’avec le temps d’autres ouvertures sont nécessaires pour continuer à progresser. L’émulation peut venir des stages et écoles qui permettent une approche variée grâce à la vision propre de chaque enseignant. Internet aussi a permis l’accès à une fabuleuse base de données. Ce qui était réservé à quelques initiés, il y a vingt ans, est aujourd’hui accessible à tous. Pour peu que l’on prenne le temps d’apprendre………

*yamadori « voie de la montagne », en français prélèvement dans la nature